Assurer le décollage !

18.12.2020

cf_2020_color-min_1.jpg

Bcomp collectionne les distinctions. Pourtant, la plus grande fierté de Christian Fischer, son CEO, c’est sa troupe d’élite, comme il l’appelle, et sa culture d’entreprise centrée sur les valeurs humaines. Avec les années, la start-up prometteuse est devenue une scale-up ambitieuse de 34 personnes qui a su convaincre de grandes marques telles que Polestar, Porsche ou McLaren. En marge du sport et de l’industrie automobiles, l’entreprise poursuit son exploration spatiale, tout en gardant les pieds sur terre. Aujourd’hui, elle prépare un nouveau tour d’investissement et recherche des compétences complémentaires pour assurer son décollage. Tout comme des espaces supplémentaires à blueFACTORY.

 

 

En 2018, vous avez signé un contrat de 2 ans avec l’Agence spatiale européenne afin de tester vos matériaux dans des conditions extrêmes et de les envisager dans la construction de satellites. Où en est cette collaboration ?

Nos composites powerRibsTM ont été utilisés dans un panneau structurel latéral du satellite Copernicus Sentinel-1, qui à la base était en aluminium. Résultat ? Les matériaux brûlent plus rapidement, ce qui rend la désintégration d’objets artificiels effectuant leur rentrée atmosphérique plus sûre pour les terriens et leurs biens.

 

Une suite est-elle prévue ?

Nous sommes en discussion. Rien n’est figé pour l’instant.

 

Après avoir déployé votre technologie dans le sport automobile et plus particulièrement au sein d’écuries comme Porsche en GT4 European Series, vous travaillez actuellement avec l’écurie McLaren sur le développement d’un siège à partir de fibres de lin pour ses pilotes Carlos Sainz et Lando Norris. Comment avez-vous conquis le monde de la Formule 1 (F1) ?

La F1 vise la neutralité carbone pour 2030. Le monde du sport automobile est donc en train de se réinventer. Il a compris qu’il devait se redéfinir comme plateforme technologique. Sur le circuit, McLaren joue un rôle pionnier, tant en termes de composites que de durabilité. D’ailleurs, il est neutre en carbone depuis 2011 déjà. Raison pour laquelle il nous était naturel d’engager une collaboration technique avec ce constructeur, après des essais fructueux en GT4. Nous avons alors dressé une liste d’optimisations possibles dans l’habitacle et sur la voiture. Le choix s’est rapidement arrêté sur le siège, d’autant qu’avec l'introduction du nouveau règlement, son poids combiné à celui du pilote ne doit plus excéder 80 kilos. Avec nos produits ampliTex™ et powerRibs™, nous sommes parvenus à fabriquer un siège avec la résistance et la rigidité requises, diminuant l’empreinte écologique de 75% et améliorant l’amortissement des vibrations. C’est un grand honneur pour nous de collaborer avec une marque aussi prestigieuse. Surtout pour concevoir la toute première pièce de F1 à partir de fibres végétales…

 

Avec l'introduction d'un plafond budgétaire dès 2021, de nombreuses équipes de F1 devront réduire leurs coûts, tout en maintenant leurs performances. Sur son site web, McLaren dévoile travailler avec vous pour définir les applications possibles des composites de fibres naturelles comme substitut viable, durable et économique aux fibres de carbone. Un nouveau tour qualificatif ?

On peut le dire ainsi. Nos solutions permettent de réduire le coût des matières premières jusqu'à 30% par rapport à la fibre de carbone traditionnelle. Une économie significative pour explorer des pistes d'améliorations des performances des voitures. Sur son site, McLaren évoque le développement de futures pièces, notamment pour les ailerons et le plancher, afin de réduire les débris de fibres de carbone sur les pistes et améliorer ainsi la sécurité des pilotes. L’avenir nous dira où la collaboration avec cette écurie nous mènera…

 

Depuis le 1er janvier, une règlementation européenne sanctionne les constructeurs automobiles qui ne respectent pas les objectifs d’émission de CO2 pour les véhicules neufs (95g/km en 2020 puis 85 g/km jusqu’à fin 2024). Qu’a cette nouvelle norme changé pour vous ?

On sent que ça bouge, car les constructeurs n’ont plus le choix. C’est une chance supplémentaire pour nous de pénétrer le marché et de nous y affirmer, notamment avec notre produit powerRibsTM qui permet aux véhicules de fortement diminuer leur poids et donc leur consommation de carburant. Le monde automobile doit aussi s’adapter à la conscience écologique, qui croît de manière exponentielle auprès de la jeune génération. On enlève de plus en plus de plastique et même de cuir dans les véhicules, au point de trouver aujourd’hui des modèles végans.

 

Vous avez investi 1,8 millions dans une première chaîne de production fribourgeoise. La première d’une longue série ?

Clairement ! Nous avons l’ambition de doubler l’investissement pour augmenter la capacité. Dès notre lancement en 2011, le canton de Fribourg nous a beaucoup soutenus. Aujourd’hui, il nous tient à cœur de lui rendre la pareille en investissant et produisant sur son territoire.

 

Que vous faut-il aujourd’hui pour renforcer votre croissance et passer à la vitesse supérieure ?

Nous nous trouvons à un carrefour. Pour gérer l’attraction du marché et monter d’un cran, nous avons besoin d’ouvrir le capital à de nouveaux investisseurs qui, comme nos soutiens actuels, nous accompagnent sur le long terme. Nous devons aussi nous entourer de personnes qui apportent d’autres compétences. Et surtout exécuter notre plan avec un minimum d’erreurs…

 

Quels sont les atouts d’être à blueFACTORY pour votre entreprise ?

L’agilité constitue l’un des moteurs de notre politique d’entreprise. Nous n’avons pas attendu la pandémie COVID-19 pour favoriser le télétravail. Pour celles et ceux qui sont en présentiel, l’emplacement est top ! La proximité avec la gare nous permet d’embaucher des personnes de toute la Suisse et de faciliter les déplacements de nos collaborateurs·trices.

 

Et que pensez-vous du site ?

J’aime beaucoup ce quartier d’innovation. C’est un emblème fribourgeois qui se trouve à une intersection. La lenteur de son développement se compense par une grande flexibilité. Jamais nous n’aurions pu avoir des cadres de fenêtres aux couleurs de l’entreprise si ne vivions pas dans une friche industrielle (rires)…

 

Comment voyez-vous l’avenir de Bcomp à blueFACTORY ?

Dans un monde parfait, nous aimerions agrandir nos locaux et avoir encore plus de place pour notre production. Nous avons provisoirement réservé un étage dans un des bâtiments dont les travaux auraient déjà dû commencer. Ce retard s’explique par une politique des petits pas freinée par différents niveaux décisionnels. Dans l’idéal, il faudrait approuver un paquet d’investissements pour booster le site, renforcer le noyau d’entreprises qui s’y trouvent et attirer de nouveaux talents.