22.12.2021

Permettre à blueFACTORY de devenir une carte maîtresse

Photo: © Antoine Doyen / Mirage Collectif / UNIGE

 

Membre du Conseil d’administration de BFF SA et directrice de l'Institut des sciences de l'environnement de l'Université de Genève, Géraldine Pflieger a fait partie de la délégation suisse à la 26e Conférence des Parties (COP26). Prise de température.

Comment avez-vous vécu cette COP26 ?

Comme une épreuve… Contrairement à d’autres délégations, la Suisse comprenait seulement une quinzaine de personnes représentant les milieux politiques, économiques, scientifiques et académiques. Nous avons travaillé de manière resserrée jusqu’à 16 heures par jour, Guy Parmelin menant le segment présidentiel et Simonetta Sommaruga le segment ministériel. Le rythme a été astreignant et les échanges enrichissants. Mais, avec autant d’acteurs impliqués (ndlr. Union européenne + 196 nations), les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des négociations. C’est frustrant.

Suite au rejet dans les urnes de la loi sur le CO2, la Suisse ne peut plus respecter ses engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris. Une position délicate pour plaider en faveur de règles fortes et uniformes permettant la mise en œuvre de cet Accord à l’échelle internationale…

Une position assez compliquée sans nouvelle loi. En juillet dernier, la Commission européenne a adopté une série de propositions visant à adapter les politiques de l’Union européenne en matière de climat, d’énergie, de transport et de fiscalité en vue de réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Un pacte vert qui devrait lui permettre de devenir climatiquement neutre à l’horizon 2050 et que la Suisse, bloquée par un contexte national, n’a pu ratifier. Fort heureusement, tout ne repose pas sur la loi sur le CO2. Les plans climats cantonaux s’inscrivent comme de puissants leviers, en particulier celui de Fribourg.

On a vu Simonetta Sommaruga "taper du poing sur la table" en conclusion de la COP26. Quel rôle a tenu la Suisse dans ce sommet ?

Difficile à dire. Très respectée dans le dialogue diplomatique, la Suisse a toujours joué un rôle de pont dans les questions liées aux changements climatiques. Dans le cadre des négociations climatiques elle est impliquée dans un groupe mixte au sein duquel elle s’est montrée à l’écoute des pays en développement, de leurs enjeux et de leurs ambitions. Quant au coup de poing de la Conseillère fédérale, il n’est pas anodin. On ne caviarde pas un accord à la dernière minute. C’est une question d’honnêteté. Peu de pays peuvent s’exprimer de façon autonome et engagée sur la question climatique. Dans cette intervention, on reconnaît la patte helvétique, celle d’un petit état fédéraliste qui cultive la vision d’un processus de négociation équilibré et démocratique, qui crée des ponts sans transiger sur les objectifs.

A Glasgow, la Suisse a cofinancé un pavillon dédié aux surfaces glacées du globe, autour duquel des conférences thématiques et de nombreux échanges ont gravité. L’occasion de tirer la sonnette d’alarme sur l’impact du changement climatique et de positionner l’expertise scientifique suisse de la cryosphère ?

Exactement. L’idée était d’élever la conscience environnementale autour des impacts du changement climatique sur les glaces pour mieux les appréhender. Car la fonte des glaces a un impact sur l’ensemble de la planète, y compris son économie.

La déclaration de Glasgow invite les pays à poursuivre leurs efforts de limiter l’augmentation de la température à 1,5°C sans imposer de véritables moyens d’y parvenir. Que retenez-vous de ce sommet au bilan mitigé ?

Que des petits pas permettent d’avancer quand même ! C'est d’ailleurs la première fois que les dirigeants de la planète ont thématisé la fin des énergies fossiles. La COP26 a débouché sur des avancées significatives avec des engagements mettant fin au financement public des énergies fossiles à l’étranger, luttant contre la déforestation, réduisant les émissions de méthane et fixant des règles de marchés pour aider les acteurs économiques à réduire les émissions de CO2. Des progrès que la COP27 prévue dans une année en Égypte devra compléter. C’est la preuve que la contribution de la science a été favorablement reçue. On ne parle plus de vagues hypothèses. Diffusé en août dernier, le premier volet du sixième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a mis en évidence, sans équivoque, la responsabilité de l’être humain sur le réchauffement climatique. D’ici le printemps prochain, 2 nouveaux volumes seront publiés. L’année 2022 s’annonce décisive !

Quels sont les enjeux à l’échelon d’un quartier tel que blueFACTORY ?

D’être totalement exemplaire. Nous devons mener une logique d’innovation dans les bâtiments que nous construisons et rénovons, la mise en œuvre de projets ambitieux en termes d’énergie et de gestion des eaux, le maillage entre le site et son écosystème, le traitement de l’espace public et le développement de la biodiversité. Une logique qui intègre la notion de réversibilité pour lutter contre l’obsolescence urbaine. Une logique qui valorise un quartier à émissions négatives, en produisant plus d’énergies renouvelables qu’il n’en consomme pour s’aligner sur les grands objectifs de neutralité carbone. Il s’agit là de solutions à portée de main qui n’affaiblissent pas la rentabilité et produisent de grands effets. Elles permettront à blueFACTORY de devenir une carte maîtresse, un pilote de ce que les villes peuvent faire. D’où mon implication au sein du Conseil d’administration de BFF SA.